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Critique d'Antoine
Livio - Grand Théâtre de bordeaux.
Je n'ai jamais eu une grande passion
pour cette version de Roméo, dans laquelle pourtant Gounod a versé
tant d'exquises mélodies, mais contrairement à Berlioz et même à
Prokofiev, il y a une grande dichotomie entre la sauvagerie de certaines
scènes et la joliesse de l'écriture musicale.
Pourtant je ne puis bouder mon plaisir devant le travail réalisé
à Bordeaux par la jeune équipe de production. D'abord parce que
Jonathan Darlington a su gommer un peu de cette délicatesse mélodique
pour la transformer, grâce à sa fougue gestuelle, en une espèce
de musique de film de cape et d'épée. Ensuite parce que Sandrine
Anglade, qui aborde là sa première grande mise en scène lyrique
importante, a tenté de mettre en pratique tout ce que ses maîtres,
Andrei Serban et Jean-Pierre Miquel lui ont appris. Et sa grande
réussite du final de l'acte III avec les morts successives de Mercutio
et de Tybalt, puis le bannissement de Roméo prouve qu'on est en
droit d'attendre beaucoup de cette jeune femme. Mais il y a surtout
le décor tubulaire de Giulio Achilli qui est d'une invention folle
et d'un impact réel sur l'action.
Enfin la prestation ahurissante, et vocale et physique, de Matthew
Polenzani (Roméo) entraîne toute la distribution dans une action
à un train d'enfer, d'autant plus qu'il a en face de lui un Tybalt
exceptionnel (Alain Gabriel). Je n'en dirai pas autant de Norah
Amsellem, dont la voix est presque celle de Juliette, si l'on excepte
quelques aigus forcés, mais dont le physique la rapproche plus de
la nourrice que de la frêle adolescente.
Les rôles secondaires, si essentiels pour l'action et importants
en nombre, sont admirablement distribués et tenus par une troupe
réelle que l'on trouve soudée derrière ce fabuleux Roméo. Il faut
retenir son nom qui brille déjà d'un éclat certain au fronton du
Met !
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